Nous avons mené une étude visant à estimer la prévalence de l'infection génitale à Chlamydia trachomatis chez les jeunes de la rue de Montréal et à identifier les facteurs associés à cette infection. L'étude avait également comme objectif principal d'estimer le taux de participants qui iraient chercher le résultat de leurs tests en milieu clinique et, comme objectif secondaire, d'évaluer la prévalence de l'infection génitale à Neisseria gonorrhoeae.
Les participants à l'étude, des jeunes âgés de 14 à 25 ans répondant à des critères précis d'itinérance, ont été recrutés entre octobre 1999 et mars 2000. Le recrutement a été effectué par les intervieweures du projet, dans sept organismes de Montréal offrant des services aux jeunes de la rue. Chaque entrevue comportait un questionnaire de trente questions, administré par l'intervieweure, et le prélèvement d'un échantillon d'urine. À la fin de l'entrevue, l'intervieweure remettait au jeune une carte indiquant où et quand il pouvait aller chercher le résultat de ses tests, et se faire traiter au besoin. Un montant de 10$ était remis au jeune à la fin de l'entrevue.
Les intervieweures ont offert à 459 jeunes de participer à l'étude; 39 (8,5%) ont refusé. Parmi les jeunes ayant accepté, 60 (14,3%) ne se sont pas présentés à leur rendez-vous. Parmi les 360 jeunes ayant complété une entrevue, un jeune avait complété deux entrevues, cinq ont été exclus car ils n'étaient pas éligibles, 51 parce qu'ils avaient pris des antibiotiques au cours du mois précédant le questionnaire et un parce qu'il n'avait jamais eu de relations sexuelles. Les analyses sont donc basées sur 302 sujets.
Les garçons représentaient 73,8% (223) de l'échantillon et l'âge moyen des jeunes recrutés était de 20,9 ans. Près de 95% des jeunes étaient nés au Canada et 74,5% habitaient habituellement Montréal. Tous les participants, sauf deux, avaient déjà eu des relations sexuelles volontaires. Au cours de l'année précédant le questionnaire, 30,1% des jeunes ayant eu des activités sexuelles volontaires avaient eu plus de cinq partenaires hétérosexuels différents et 13,0% avaient eu au moins un partenaire homosexuel. Très peu de jeunes rapportaient l'utilisation systématique d'un moyen de protection (par eux-mêmes ou leur partenaire) lors de leurs relations sexuelles au cours des six mois avant le questionnaire. Le principal moyen utilisé était le condom : 21,8% des filles et 26,8% des garçons rapportaient l'utiliser toujours. Au cours de ces six mois, 10,7% des jeunes avaient reçu de l'argent en échange d'activités sexuelles et 66,7% des jeunes avaient eu au moins un nouveau partenaire sexuel. Environ le tiers des jeunes ont été abusés sexuellement au moins une fois dans leur vie. Près de 45% des participantes ont déjà été enceintes et 48% des garçons ont eu une relation sexuelle ayant résulté en une grossesse. Globalement, 82,1% des jeunes avaient consommé au moins un type de drogue au cours des six mois précédant le questionnaire (60,6% des jeunes avaient consommé de la cocaïne et 69,2% du PCP/mescaline/acide). Parmi tous les jeunes, 30,1% avaient consommé de la drogue par injection au moins une fois au cours de ces six mois (26,2% des jeunes s'étaient injecté de la cocaïne et 22,5% de l'héroïne).
Parmi les 302 participants, 20 étaient infectés par C. trachomatis pour un taux de prévalence de 6,6% (intervalle de confiance à 95% : 4,1 à 10,0%). Aucun jeune n'était infecté par N. gonorrhoeae pour un taux de prévalence de 0,0% (IC à 95% : 0,0 à 1,2%). Le taux de prévalence de C. trachomatis ne variait pas significativement selon le sexe (garçons : 7,2% et filles : 5,1%), ni selon l'âge (14 à 20 ans : 9,0% et 21 à 25 ans : 4,1%). Le taux de prévalence de cette infection ne variait significativement selon aucune des variables contenues dans le questionnaire, à l'exception de l'histoire de grossesse. Le taux de prévalence de C. trachomatis était 2,9 fois plus élevé chez les jeunes ayant une histoire de grossesse que chez les autres jeunes (10,4% versus 3,6%, p=0,02).
Lors de leur entrevue, 85,4% des jeunes avaient indiqué qu'ils avaient l'intention d'aller chercher les résultats de leurs tests. Deux mois après la fin de la période de collecte de donnée, 7,3% des jeunes étaient allés les chercher. La proportion de jeunes étant allés chercher leurs résultats ne variait ni selon le sexe, ni selon l'âge, ni selon l'intention d'aller les chercher, ni selon la présence ou l'absence d'infection à C. trachomatis.
Les résultats observés dans l'étude semblent confirmer les recommandations du Comité consultatif du Centre québécois de coordination sur le sida à l'effet que le dépistage de la chlamydiose devrait être fait systématiquement chez les jeunes de la rue, mais non celles sur le dépistage systématique de la gonorrhée chez ces jeunes. Le taux de prévalence de C. trachomatis et la proportion élevée de jeunes rapportant une histoire de grossesse que nous avons relevés mettent en évidence le besoin urgent de services complets en santé sexuelle pour cette population vulnérable. Finalement, le faible taux de retour pour aller chercher les résultats est inquiétant, bien qu'il puisse s'expliquer par plusieurs facteurs, le principal étant le fait que le dépistage a été effectué dans le cadre d'une étude épidémiologique et non dans le cadre d'une demande de service faite par les jeunes. Ce résultat suggère que des projets pilotes visant à améliorer l'accès au dépistage et au traitement des MTS à l'intention des jeunes de la rue devraient être mis sur pied à Montréal.
Élise Roy et al.. Étude de prévalence de l'infection génitale à Chlamydia trachomatis et à Neisseria gonorrhoeae chez les jeunes de la rue de Montréal. 1 er trimestre 2001, 23 pages + annexes. ISBN 2-89494-276-1. Prix : 3,00$
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