Violence

La peur du crime en milieu urbain dans l'ensemble de la population et chez les femmes.

1999. ISBN 2-89494-206-0. Prix : 11$ (Bon de commande à imprimer et à poster)

Résumé

Ce document, qui est le résultat d'une recension des écrits dits scientifiques sur le problème de la peur du crime dans l'ensemble de la population et chez les femmes, comporte quatre chapitres.

Le premier chapitre porte sur la nature du problème, plus précisément sur le sens que revêt l'expression peur du crime dans les écrits sur le sujet. Il s'agit là d'une expression qui renvoie à divers concepts souvent fort éloignés les uns des autres, au gré des définitions et des mesures utilisées. Ainsi, cette même expression désignera tour à tour la peur que les gens déclarent qu'ils éprouveraient s'ils étaient dans une situation donnée, l'estimation que font les gens de leur probabilité d'être victimes d'un crime, le degré d'importance que les gens attachent au problème de la criminalité dans leur quartier, etc. En dépit de la grande différence existant entre ces concepts, qui renvoient respectivement à une émotion anticipée, à l'appréciation de la réalité et à un jugement de valeur, ils sont souvent utilisés comme s'ils étaient interchangeables, ce qui entraîne de la confusion et de multiples problèmes dans l'interprétation des résultats des études; en outre, toute comparaison entre les résultats de ces études devient hasardeuse. Par ailleurs, il a été démontré que des questions du genre de celle-ci : " À quel point vous sentez-vous ou vous sentiriez-vous en sécurité à marcher seul dans votre quartier à la nuit tombée?", la plus courante des questions utilisées dans les sondages, non seulement surestimaient la fréquence et l'intensité de la peur du crime, mais mesuraient sans doute autre chose que la peur du crime, ce quelque chose pouvant être un malaise urbain ou la peur de l'étranger, au sens de qui est différent de soi. Or la majorité des connaissances actuelles sur la peur du crime provient de recherches utilisant des questions globales de ce genre. Bref, plusieurs auteurs concluent qu'à toutes fins pratiques le concept de peur du crime est devenu inutile et inutilisable. Certains même n'hésitent pas à affirmer que, dans ce domaine de recherche, le chaos est la règle, tant sur le plan théorique qu'expérimental, ce qui serait dû à l'absence de toute véritable théorie.

Le deuxième chapitre traite de l'ampleur et de la gravité du problème de la peur du crime. En ce qui concerne l'ampleur du problème, seule sa prévalence est connue : 30% au Canada, et davantage en milieu urbain; les femmes et les personnes âgées sont les plus touchées. Toutefois, les informations sur la prévalence de la peur du crime valent ce que valent les mesures utilisées pour la mesurer. Dans le cas présent, comme la question posée en était une du genre de celle citée plus haut, il est fort probable que la prévalence de la peur du crime, s'il s'agit bien de peur du crime, est surestimée. Quant à la gravité de la peur du crime, elle a été abordée sous l'angle de ses effets nocifs, tant sur le plan individuel que collectif. Soulignons que ces effets nocifs ne sont qu'imputés à la peur du crime; autrement dit l'association causale entre la peur du crime et ces effets nocifs reste à être démontrée. Sur le plan individuel, la peur du crime affecterait le bien-être psychologique, soit directement, sous forme de malaise ou d'angoisse, soit indirectement, par l'intermédiaire des comportements adoptés pour se prémunir contre la criminalité et de leurs effets nocifs, comme de restreindre les activités culturelles et sociales; les femmes beaucoup plus que les hommes restreindraient volontairement leurs activités quotidiennes et de loisirs en raison de leur peur du crime, ce qui aurait pour effets, entre autres, de réduire leur liberté d'action et leur participation à la vie publique. Sur le plan collectif, nombre d'auteurs croient que les effets nocifs de la peur du crime s'étendent à tous les aspects de la vie sociale et constituent même une menace à la démocratie; la peur du crime serait un facteur de dissolution de la vie communautaire, particulièrement en milieu urbain.

Le troisième chapitre, consacré à l'étiologie de la peur du crime, en présente diverses explications. La peur du crime serait associée à divers facteurs individuels ou environnementaux. Parmi les facteurs individuels, les principaux facteurs associés positivement à la peur du crime sont d'être de sexe féminin, l'âge, le risque perçu d'être victime d'un acte criminel, l'usage de précautions et les incivilités perçues; les principaux facteurs associés négativement à la peur du crime sont le revenu et la scolarité. Parmi les facteurs environnementaux, les principaux facteurs associés positivement à la peur du crime sont certaines caractéristiques du quartier de résidence, telles la taille de la communauté, la croissance rapide de la population dans une communauté, l'hétérogénéité ethnique, la pauvreté et, généralement, la mobilité résidentielle. À noter que les taux de criminalité et les incivilités objectives ne sont pas associés à la peur du crime ou ne le sont que très peu. Outre l'explication par les facteurs associés, il existe diverses hypothèses et théories pour expliquer la peur du crime. Les trois principales théories sont celle de la vulnérabilité, selon laquelle la peur dépendrait plus de la gravité perçue de l'acte criminel que du risque objectif d'être victime d'un crime; celle de la victimisation, selon laquelle le crime causerait la peur du crime; et celle du contrôle social, selon laquelle la peur du crime serait causée par la dégradation du contrôle formel et informel exercé par la communauté sur son environnement immédiat. En ce qui concerne plus particulièrement la peur du crime chez les femmes, la perspective féministe est que la peur du crime serait en grande partie causée par la domination masculine, par les rapports inégalitaires entre les sexes. Concernant l'ensemble des études sur l'étiologie de la peur du crime, plusieurs auteurs en ont souligné les faiblesses et considèrent que la voie la plus prometteuse consisterait à rechercher une explication plus sociale que psychologique à la peur du crime, à l'exemple de la théorie du contrôle social.

Le dernier chapitre traite de la prévention de la peur du crime. Les deux principales approches, celle centrée sur le crime et celle centrée sur la qualité de vie, correspondent respectivement aux deux principaux courants théoriques, soit la théorie de la victimisation et celle du contrôle social. L'approche centrée sur le crime utilise pour prévenir la peur du crime des stratégies de prévention du crime, dans la logique de la théorie de la victimisation qui soutient que la peur du crime est causée par le crime. Parmi les trois stratégies utilisées : la répression, la prévention situationnelle (par exemple, les précautions individuelles, l'aménagement urbain, la surveillance formelle et informelle) et le développement social, la seconde demeure la plus courante; si elle peut s'avérer efficace dans certains cas, elle comporte plusieurs inconvénients : elle ne ferait que déplacer la criminalité, susciterait une mentalité de forteresse, et augmenterait même la peur. Au contraire, l'approche centrée sur la qualité de vie ne vise pas en premier lieu à prévenir la criminalité et la victimisation, même si ce n'est pas exclu, mais à améliorer les conditions physiques et sociales de l'environnement local; elle fait plus appel à la communauté et à l'action intersectorielle qu'à l'individu; les coalitions de quartier visant à revitaliser l'environnement local constituent un bon exemple de cette approche. L'approche centrée sur le crime demeure encore l'approche la plus courante, tant sur le plan individuel que collectif, en dépit du fait qu'il soit clairement démontré que la peur du crime est peu en rapport avec la criminalité et que cette approche suscite des comportements et des pratiques nuisibles à la qualité de vie qu'il faut justement prévenir. En ce qui concerne plus précisément la prévention de la peur du crime chez les femmes, l'approche centrée sur le crime, surtout la prévention situationnelle, est pratiquement la seule à être utilisée, risquant par là d'augmenter la peur justement là où sa prévalence est la plus élevée. L'efficacité des interventions visant à prévenir la peur du crime a rarement été évaluée, et rarement de façon à satisfaire aux critères de la recherche scientifique.

Le document se termine sur quelques recommandations.

Diane Martel. La peur du crime en milieu urbain dans l'ensemble de la population et chez les femmes. Direction de la santé publique de Montréal-Centre, décembre 1999, 112 pages. ISBN 2-89494-206-0. Prix : 11$

 

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