Jean-Frédéric Lévesque travaille en tant que médecin spécialiste en santé communautaire et chercheur dans l’Équipe santé des populations et services de santé du secteur Services préventifs en milieu clinique de la Direction de santé publique de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal. Il vient d’obtenir son doctorat en santé publique de l’Université de Montréal. Sa thèse portait sur les inégalités d’accès aux soins en région urbaine en Inde du Sud.
Durant ses études médicales, il s’est intéressé particulièrement aux populations vulnérables, et la santé publique est devenue pour lui un cheminement naturel. Son intérêt pour cette spécialisation s’est d’ailleurs accentué au fur et à mesure qu’il complétait ses stages à l’étranger et qu’il découvrait l’impact de l’organisation des systèmes de santé sur l’état de santé des populations.
En mars dernier, le Dr Jean-Frédéric Lévesque, en collaboration avec Raynald Pineault, Marjolaine Hamel, Danièle Roberge et des co-chercheurs1, publiait les résultats de travaux de recherche sur « L'expérience de soins de la population : portrait des variations intra-régionales à Montréal et en Montérégie » (PDF- Résumé) (PDF - Rapport) (PDF - Summary), qui représente une partie du projet « L'accessibilité et la continuité des services de santé : une étude de la première ligne au Québec » réalisé dans deux régions sociosanitaires du Québec, celles de Montréal et de la Montérégie. Cette étude a été menée à partir d'une enquête téléphonique auprès de plus 9 200 personnes.
J.-F. L. – Pour l'ensemble des indicateurs d'expérience de soins que nous avons utilisés, l'expérience de soin, telle que mesurée par l'accessibilité, la continuité, la globalité et la réactivité des services, est meilleure en Montérégie. À Montréal, surtout dans les quartiers centraux, la population évalue les services reçus de façon moins positive. Paradoxalement, ce sont dans ces quartiers que l'on retrouve une plus grande concentration de services médicaux.
J.-F. L. – En premier lieu, à Montréal, les services offerts dans ces territoires desservent beaucoup de personnes qui proviennent d'autres territoires de CSSS, ce qui indique que la présence des services n'est pas le reflet des services réellement disponibles pour les résidents de ces territoires. De plus, selon notre étude et d'autres études récentes au Québec, l'expérience de soin est moins bonne en général en milieu urbain, ce qui pourrait être relié au type d'organisations de soins que l'on y retrouve.
J-F L. – Les cabinets privés de groupe, particulièrement du type clinique sans rendez-vous, sont plus concentrés dans ces quartiers, où il y a également une grande densité de population. Ces modèles sont généralement associés à une moins bonne expérience de soins. On y retrouve également très peu de Groupes de médecine familiale.
J-F L. – Les Groupes de médecine familiale, les cliniques réseau et le médecin qui pratique en solo sont des types de pratiques plus présents en Montérégie. Ces types d'organisation de soins sont associés à une meilleure expérience de soin en général.
J.-F. L.– Dans le cas de l'étude sur l'expérience de soins, nos résultats suggèrent aussi, de façon indirecte, qu'il y a des variations entre régions et entre types d'organisations de première ligne; nous parlons ici de la perception des soins reçus pour le contrôle de la maladie et la prévention. Nous avons aussi réalisé récemment une autre étude portant sur les maladies chroniques qui suggère également que les GMF et les médecins solos sont associés à des services plus adéquats aux besoins des personnes atteintes de maladies chroniques. Il semble donc que les organisations de première ligne n'ont pas toute la même capacité d'influencer la santé des personnes qu'elles traitent.
J.-F. L. – La perception de l'expérience de soins est meilleure chez les personnes âgées, chez les personnes ayant un plus faible taux de scolarité et chez les personnes en meilleure santé. Cela pourrait s'expliquer par le fait que 90 % des personnes âgées ont un médecin de famille. Chez les plus jeunes ou chez ceux qui travaillent c'est moins de la moitié qui ont un médecin de famille, et ils présentent également une moins bonne expérience de soins. Les gens en moins bonne santé ont une moins bonne expérience de soins, indépendamment du type d'organisation qu'ils consultent
J.-F. L. – L'attente pour un rendez-vous suggère nécessairement une affiliation avec un médecin. En Montérégie, 10 % de plus de gens ont une affiliation avec un médecin de famille. À Montréal, plus de gens vont donc dans des cliniques sans rendez-vous où ils ont accès rapidement à un médecin, mais rarement à un suivi par la suite. Les gens pourraient être moins satisfaits des délais d'attente en Montérégie parce que les cliniques y préconisent un mode de consultation sur rendez-vous plutôt qu'un mode sans rendez-vous. Ceci demeure par contre une hypothèse.
J.-F. L. – Selon les résultats obtenus dans une autre étude, nous avons pu observer que la prévention était plus présente, par ordre d'importance, dans les GMF, le médecin solo, les CLSC et les cliniques privées.
J-F L. – Les modèles qui obtiennent les meilleurs scores pour l'expérience de soins sont ceux qui sont conformes aux standards internationaux de pratique. Les Groupes de médecine familiale et tous les autres modèles conformes à ces standards obtiennent de bons scores.
Le médecin solo est également associé à un bon score, même si ce modèle ne répond pas nécessairement à ces standards. Cela s'explique probablement par le fait que le médecin solo développe une bonne relation avec ses patients et qu'il en devient alors le coordonnateur des soins. Ce qui nous amène à constater que la relation avec le patient est très importante. Le médecin solo semble compenser par sa relation avec le patient les déficits dans l'organisation des soins dispensés.
Les cliniques sans rendez-vous ne sont pas des modèles favorisant le développement de la relation avec le patient et ne sont pas non plus conformes aux standards internationaux d'organisation des soins.
La pratique de groupe en lien avec d'autres groupes de professionnels et qui s'accompagne d'une affiliation avec les clients semble donc être le modèle le plus performant.
J.-F. L. – Plusieurs raisons peuvent expliquer cela. Toutefois, les gains observables quant à la qualité des soins et à l'expérience de soins perçue par les patients, créeront certainement une ouverture pour ce modèle. La perspective d'une clientèle inscrite plutôt que l'obligation de desservir la population d'un territoire en fait un modèle adapté pour Montréal car la clientèle des GMF peut venir de partout.
De plus, les cliniciens des cabinets privés trouvent leur modèle actuel difficile à soutenir. La relève se fait rare : les jeunes médecins sont souvent plus intéressés à pratiquer dans les nouveaux modèles comme les GMF. Il y a donc un potentiel pour Montréal de développer plus de GMF et donc d'apporter encore plus de bénéfice pour la santé de la population et la pratique médicale.
J.-F. L. – Nous publierons sous peu un rapport descriptif sur le portrait des organisations de première ligne de Montréal et de la Montérégie ainsi qu'un cahier thématique sur la problématique des besoins non comblés.
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Raynald Pineault, Jean-Frédéric Levesque, Danièle Roberge, Marjolaine Hamel, Pierre Tousignant, Ginette Beaulne, Léo-Roch Poirier, Marie-France Raynault, Mike Bénigéri, Paul Lamarche, Jeannie Haggerty, James Hanley, Pierre Bergeron, Serge Dulude. L'accessibilité et la continuité dans la population : l'influence des modèles d'organisation des services de santé de première ligne. Financé par la Fondation canadienne de recherche sur les services de santé.
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